À Séné, une jeune exploitante bio mise sur l’héliciculture, le maraîchage et le circuit court. Malgré une année de lancement éprouvante, elle ne renonce à rien.
Il y a des rencontres qui remettent les choses en perspective. À l’automne, nous avons poussé le portail des Escargots de la Terre, à Séné, pour rendre visite à Emmanuelle Cauchois. Nous nous étions croisés pendant la campagne. Il était temps de venir voir de nos yeux ce qui se construit là.
Deux ateliers pour travailler toute l’année
Issue d’une famille d’agriculteurs, Emmanuelle a mûri son projet pendant vingt ans avant d’ouvrir sa ferme en mai 2026, sur 5 600 m². Son idée est de faire cohabiter deux activités : le maraîchage, qui rythme la belle saison, et l’élevage d’escargots, qui prend le relais pour les fêtes de fin d’année.
Ses escargots sont des gros gris, élevés en plein air dans des parcs enherbés, protégés par des filets d’ombrage et arrosés jusqu’à trois fois par jour pendant la canicule. Emmanuelle sème elle-même leur fourrage (persil, moutarde, betterave). Pendant les deux derniers mois, elle accompagne leur maturation avec une farine bio spéciale escargot. Il faut compter six mois d’élevage, et on ne les ramasse que lorsque la coquille est « bordée ». Aucun raccourci possible.
Côté légumes, l’exploitation est certifiée bio et pratique le maraîchage sur sol vivant, avec une vraie démarche de permaculture. Des baissières nourries de bois mort et de paille gardent l’humidité, puis se transforment en compost. Un grand chêne a été conservé : loin de pomper toute l’eau, il la restitue la nuit sous forme d’humidité et protège la terre comme les cultures. Sans son ombre, pas de mesclun ni de salades. Préserver l’arbre fait pleinement partie du principe. « La permaculture, c’est aussi s’économiser pour durer », résume-t-elle.
Une année de lancement qui n’a pas fait de cadeau
Emmanuelle ne cache rien. La canicule, la sécheresse, puis l’invasion de rongeurs ont emporté 70 % de son cheptel en mai, sur 44 000 escargots. Les fraisiers et une grande partie des citrouilles ont grillé. Le coup a été rude, et l’émotion est encore perceptible quand elle évoque ces semaines. Mais elle n’a pas attendu pour réagir : dès la perte constatée, elle recommandait 14 000 escargots, hébergés à l’abri, qui sont aujourd’hui des survivants bien soignés.
Ni amertume ni abandon. Les choux ont tenu, la serre de tomates a bien donné, et elle assure n’avoir « aucun regret ». Elle tient d’ailleurs à rappeler qu’elle n’est pas la seule touchée : un éleveur de poulets bio de Séné a lui aussi subi de lourdes pertes cet été. Cette solidarité entre producteurs nous a touchés, et nous y sommes sensibles. Ce sont les aléas climatiques, et ce sera l’un des grands défis des agriculteurs : stocker l’eau, l’économiser, choisir des variétés adaptées. La méthode, elle, est la bonne. Il faut persévérer.
Au-delà de l’assiette : le mucus d’escargot
L’élevage a un second débouché, moins connu. Après la saison des amours, Emmanuelle récolte à la main, au pinceau en silicone et sans stress pour l’animal, le mucus des escargots. Il est très riche en allantoïne et en antioxydants, et il faut environ 1 000 escargots pour un litre. On le retrouve déjà dans des crèmes cosmétiques, des sirops contre la toux et des soins pour les rhumatismes.
Elle prévoit de fournir un laboratoire de cosmétique bio, mais veut surtout rester en circuit court. Elle envisage de fabriquer elle-même un élixir simple, sans partir dans les crèmes industrielles.
Une ferme ouverte sur le territoire
Le projet d’Emmanuelle dépasse la production. Elle imagine un sentier d’exploitation resté piéton et cycliste, accessible aux personnes à mobilité réduite, avec des panneaux pédagogiques en français, en breton et en latin. Elle souhaite aussi une ouverture vers les IME et le public en situation de handicap visuel ou sensoriel. Elle rêve d’un parcours itinérant gourmand avec d’autres producteurs, très apprécié des touristes. Elle voudrait enfin créer des emplois d’ici deux ou trois ans, et peut-être une association pour accueillir les habitants qui ont « envie de toucher la terre ». Elle souhaite aussi que les artisans et entrepreneurs de la commune soient réunis autour d’une table avec les collectivités.
Pourquoi nous étions là
Au sein du groupe d’opposition SAS, nous nous répartissons les sujets, et l’agriculture fait partie de ceux sur lesquels nous voulons travailler dans la durée. Nous n’avons pas le poids d’une majorité, mais nous avons des oreilles, des jambes et l’envie d’être utiles. Aller sur le terrain, écouter, faire remonter les besoins : c’est notre manière de faire de la politique.
Nous voulons aussi rapprocher les habitants de ce qui les nourrit. Eau, chaleur, circuits courts, alimentation : ces enjeux nous concernent tous. Quand ce qui nous nourrit est fragilisé, c’est la solidarité entre habitants qui fait la différence. Nous prévoyons donc des rencontres entre agriculteurs et habitants. Merci à Emmanuelle pour son accueil, son courage et sa franchise.
Soutenir et rencontrer Les Escargots de la Terre
- Adresse : Chemin Gorh Hent, 56860 Séné
- Téléphone : 06 11 55 35 34
- Courriel : contact@lesescargotsdelaterre.fr
- Site : lesescargotsdelaterre.fr
- Accueil et vente à la ferme : mercredi 10h-12h et 15h-17h, samedi 16h-18h, dimanche 10h-12h
- Marché de Séné : vendredi, 16h-19h
- Escargots : sur réservation, à partir du 10 décembre 2026
- Paniers de légumes : à partir de 22 € par semaine
- Cagnotte de soutien : leetchi.com, « Les Escargots de la Terre ont besoin de vous pour repartir »